Le recours aux formateurs internes séduit les DRH

Par Maxime AMIOT

Publié le 06/05/08 à 01h01

Cela s'appelle optimiser ses ressources humaines. Dans certaines entreprises, les collaborateurs se voient proposer de devenir, en plus de leur fonction habituelle, formateur interne : de manière occasionnelle ou régulière, ils forment leurs collègues à des contenus ou des techniques qu'ils maîtrisent particulièrement. C'est le cas chez Logica, spécialiste des services informatiques, qui dispose d'un réseau de 150 « managers animateurs », intervenant au sein de l'université interne du groupe. Renaud Dequidt est membre de cette communauté depuis 2002. A l'époque, ce cadre de trente-huit ans était directeur grands comptes. Une fonction commerciale clef qui pousse la direction à lui proposer de dispenser son expertise à d'autres consultants du groupe : à raison de quatre jours par an, il enseigne à des chefs de projet et des directeurs de clientèle les subtilités de l'approche commerciale. Prise de contact, écoute du besoin client, reformulation du besoin, processus de la vente... « Je leur donne un retour très terrain, issu de mes propres expériences commerciales. On n'est pas dans la théorie, on est dans du vécu », expliquet-il.

 

« La réalité du terrain »

 

C'est là tout l'intérêt de la démarche. Alors que les formateurs venus de cabinets spécialisés sont de fait extérieurs à l'entreprise, le formateur interne bénéficie d'une connaissance concrète des besoins de son public. « Il parle la même langue que les collaborateurs. Il connaît les process internes, la réalité du terrain, le jargon... D'où des contenus très opérationnels et une appropriation rapide de la part des participants », explique Raphaëlle Dhennequin, directrice de l'université Logica France. Au sein de ce centre de formation, près de 50 % des formations sont assurées par des formateurs issus du groupe. Même tendance au sein de Bouygues Construction, qui sollicite quelque 300 collaborateurs pour assurer des formations en interne, voire en externe auprès d'étudiants d'écoles d'ingénieurs de l'ESTP (Ecole spéciale des travaux publics, du bâtiment et de l'industrie). Un domaine d'intervention soigneusement délimité, puisqu'ils n'interviennent que sur des contenus métiers (sécurité, ressources humaines, conception d'ouvrages...). « Les formations au management par exemple sont dispensées par des professionnels extérieurs. Cela permet d'avoir un oeil extérieur, d'effectuer des benchmarks, de ne pas se limiter à nos seules ressources internes », glisse Jean-Manuel Soussan, directeur du développement des ressources humaines et de la rémunération de Bouygues Construction.

 

Autre avantage de cette politique, son coût financier. Comparé aux honoraires de cabinets spécialisés, le recours à des formateurs externes n'exige que de faibles investissements, les volontaires n'étant généralement pas rémunérés pour cette nouvelle activité. De même, l'intéressé ne dispose pas de temps spécifiquement dégagé et doit s'arranger avec sa hiérarchie pour se rendre aux formations. Dès lors, quel est son intérêt ? « Le fait de devenir formateur est une véritable reconnaissance pour le collaborateur. Cela légitime une expertise et valorise son savoir », poursuit Jean-Manuel Soussan. Le groupe ne sélectionne ainsi que des collaborateurs disposant de plusieurs années d'expérience ayant développé un savoir-faire précis.

 

Outil de gestion de carrière
Le groupe Veolia Environnement va même plus loin : son centre de formation, le Campus Veolia, s'appuie sur un réseau de près de 600 formateurs internes. Chacun d'entre eux reçoit cinq jours de formation comprenant des modules d'animation de groupe, de prise de parole, de conception pédagogique des programmes, d'écoute des besoins des participants... « Ils développent ainsi de nouvelles aptitudes, de nouvelles compétences. Cela peut être très motivant en interne », indique Sandrine Vincent, responsable pédagogique étude et grands projets du campus. D'ailleurs, l'expérience de formateur est directement prise en compte au cours des entretiens annuels puis dans les perspectives d'évolution en interne. Même démarche au sein du groupe Transdev _ 20.000 collaborateurs en France _, opérateur de transport public de voyageurs. Ses cinquante formateurs internes _ tous d'anciens chauffeurs de bus, de tramway ou de métro _ reçoivent une formation de quinze jours au cours de laquelle leur aptitude à la prise de parole et à la pédagogie est particulièrement prise en compte. A l'issue, seul un candidat sur six est retenu. « Pour un conducteur, devenir formateur constitue clairement une évolution de carrière très attractive. Nous l'intégrons comme un outil de motivation et de gestion de carrière », conclue Béatrice Geldmann, directrice de Transdev Formation.

 

https://www.lesechos.fr/2008/05/le-recours-aux-formateurs-internes-seduit-les-drh-488031